Marlène Coulomb-Gully : Genre, politique et médias

Chercheuse, auteure de Présidente : le grand défi et professeure à l’université Toulouse II, Marlène Coulomb-Gully est venue mardi 26 janvier à Sciences Po Toulouse donner une conférence sur ses thèmes de recherche à savoir la question du genre en politique et dans les médias.

 

Tout d’abord, Marlène Coulomb-Gully nous a rappelé quelques chiffres permettant de dresser un constat sans appel : bien que plus de femmes aient accédé à des postes politiques, très peu en revanche n’ont pu accéder aux principaux postes d'autorités.

Ce constat peut être établi dans d’autres domaines puisque dans notre « système de bi-catégorisation hiérarchisée » existe une double ségrégation envers les femmes.

D’une part, nous pouvons observer une ségrégation horizontale étant donné que tous les secteurs ne sont pas mixtes et d’autre part une ségrégation verticale mobilisant la notion de plafond de verre c’est-à-dire le difficile accès pour les femmes aux postes hiérarchiques supérieurs.

Cette ségrégation verticale s’exprime dans le milieu politique où s’exerce « un partage des places [d’autant plus depuis la loi sur la parité de 2000] mais pas un partage du pouvoir ». En effet, aucune femme n’a encore été Présidente de la République ou encore Présidente du Sénat ou de l’Assemblée Nationale.

Cette exclusion politique des femmes a de profondes racines historiques, elle est donc profondément ancrée dans notre société que ce soit par les hommes mais également par les femmes qui ressentent par conséquent un sentiment d’illégitimité. Ainsi, selon une expression de l’historienne Michelle Perrot, « les femmes sont les silencieuses de l’histoire ».

Le défi majeur consiste donc à « assurer la compatibilité d’image entre féminin et politique. »

Les médias occupent ici une place fondamentale puisqu’ils contribuent « à la visibilisation des femmes »  en politique et à leur attribution à des secteurs non régaliens. Ils montrent en effet difficilement des femmes en situation de pouvoir.

Les médias d’après une expression de Michel Foucault sont une « technologie de pouvoir » qui contribuent à l’imposition de normes que nous incorporons. Dès lors, l’image véhiculée par les médias sur les femmes politiques est dotée d’une certaine performativité et la formule de Teresa de Lauretis la résume parfaitement. Ainsi, « si le genre a une représentation, la représentation du genre est sa construction ».

L’étude de Marlène Coulomb-Gully portant sur les femmes candidates aux élections présidentielles sous la Vème République met en lumière ces mécanismes. La représentation dans les médias des « pionnières » c’est-à-dire les premières femmes candidates aux élections présidentielles sous la Vème République (à savoir Arlette Laguiller, Marie France Garaud et Hélène Bouchardau) montre en effet une stigmatisation de celles-ci en raison de leur sexe. Cette stigmatisation perdure encore aujourd’hui. Les femmes politiques souvent décrites par leurs traits physiques et vestimentaires se voient notamment attribuer des surnoms peu valorisants dans les médias.

De plus, malgré l’abaissement du seuil de tolérance, il n’est pas rare d’entendre des parlementaires masculins adresser des propos voire insultes sexistes à des femmes politiques (comme exemple récent nous pouvons prendre celui de Najat Vallaud-Belkacem ou encore Cécile Duflot).

Les médias, où les postes au sommet de la hiérarchie sont également majoritairement occupés par des hommes, mettent également en avant une représentation sexiste de la femme en politique. Celle-ci doit en effet être élégante voire sexy en opposition aux hommes politiques qui mettent avant tout en avant leur virilité et leur fermeté.

Pour conclure, bien que la loi de parité votée en 2000 ait permis  une meilleure représentation des femmes en politique, cette loi, sujette à de nombreux débats, n’est pas suffisante.

Selon Marlène Coulomb-Gully « le combat reste encore à mener » et celui-ci s’achèvera entre autres lorsque « les hommes considéreront les femmes comme leur alter-ego. » 

En guise de prolongement, la récente démission de Christine Taubira du ministère de la justice marque la fin de la parité au gouvernement puisque désormais, aucune femme politique n’exerce de fonction au sein d’un ministère régalien. En effet, la totalité des femmes au gouvernement occupent un ministère avec une forte connotation féminine. Nous pouvons citer par exemple le ministère de la culture (occupé par Fleur Pellerin), de la santé (Marisol Touraine) et de l’éducation (Najat Vallaud-Belkacem).

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