Yekbun Eksen : « Etre étudiant en Turquie : entre militantisme et répression »

 

Le 19 janvier 2017, Cactus recevait Yekbun Eksen à sciences Po Toulouse pour dialoguer sur la situation des étudiants kurdes en Turquie. Vous pouvez retrouvez toutes les photos ici

Yekbun Eksen s’attarde sur quelques précisions pour commencer son intervention. Il rappelle ainsi que le Kurdistan s’étend à la fois sur les territoires turc, irakien, syrien et iranien. Au Moyen-Orient, ce sont donc 40 millions de Kurdes qui vivent à cheval sur les frontières de ces pays. Les frontières du Kurdistan sont elles définies par la géographie des zones peuplées par des Kurdes depuis des générations : « là où tu vis c’est là où tu es légitime ».

Entité multiconfessionelle, le Kurdistan n’a cependant jamais connu de guerre de religion interne. C’est plus souvent l’instrumentalisation politique des religions qui entraînent les conflits. Mais pour les kurdes, les coutumes transcendent les religions, respect et vivre ensemble entre les clans. L’unité kurde n’est pourtant pas une évidence sur le papier : sans Etat ni religion en commun, les Kurdes sont liés par un sentiment d’appartenance nationale. Il se reconnaissance comme nation.

Il présente aussi le Rojava, la zone officielle pour les Kurdes dans le nord de la Syrie depuis 2011. On y compte 3 millions d’individus. Le Rojava sert de laboratoire pour le PKK, le parti politique kurde. Il est au centre d’une réflexion pour changer la situation kurde. Les Kurdes essaient en effet de présenter un espoir pour cette région du monde. Dans ce projet de société, la localité est le véritable pôle de décision : les décisions doivent suivre un chemin du bas vers le haut, et non l’inverse. Il défend l’idée qu’il « ne faut pas attendre que d’autres trouvent des solutions à nos problèmes » mais plutôt réfléchir ensemble pour trouver les solutions dans la communauté elle-même. Il présente ainsi les commissions : il en existe autant qu’il y a de besoins. Ceux qui y siègent sont élus pour deux ans, sans possibilité de ré-élection. Le Rojava dispose déjà d’un « contrat social » qui fait office de constitution.

Les Kurdes entendent d’abord diminuer le pouvoir des Etats-nations. Eksen explique en effet que la notion de pouvoir est elle-même problématique puisqu’elle suppose une inégalité. Selon lui, les modèles sont à repenser. Il s’agit davantage de modifier le système actuel que de tout changer.

En parallèle, le HDP (Parti des peuples) a des objectifs de parité : il se bat pour l’écologie, porte un nouveau projet de société, promeut une démocratie du bas vers le haut. Il est organisé selon un système de co-présidence avec un homme et une femme à la tête du pays qui sont aussi ceux qui ont le moins de pouvoir. La même organisation se trouve pour les élus des mairies, des commissions. Le parti souhaite un changement de la vision de la démocratie.

Il présente plus précisément la situation des Kurdes en Turquie, pays qui a connu deux périodes de répressions contre les Kurdes. D’abord dans les années 1990, puis aujourd’hui, sous la direction d’Erdogan. Cette deuxième vague est plus violente, ce qui s’explique par la peur du pouvoir en place : les Kurdes sont politiquement un moteur de révolte. Le PKK est considéré comme terroriste en Turquie mais aussi en Occident. Yekbun Eksen dénonce une hypocrisie occidentale. « Terroriste aujourd’hui, ministre demain et ministre aujourd’hui, terroriste demain », tout cela ne dépend que des intérêts politiques du moment.

Il y a quelque mois, il a été voté la levée de l’immunité parlementaire. C’est pourquoi, les députés du HDP se sont exilés, ils savent qu’ils se feraient arrêtés. Les étudiants en sont réduits à faire des réunions secrètes dans les universités pour essayer de lutter contre le pouvoir d’Erdogan puisque, selon Eksen le président aurait « des informateurs partout ». Or la situation est devenue dangereuse. Il dénonce une justice expéditive et aberrante : une peine de 143 ans de prison a été prononcé contre un membre du HDP, la peine max ayant été prononcé est de 301 ans de prison.

Un système de justice différent est proposé à Rojava. Là-bas, les femmes sont en charges des peines pour les femmes. En revanche pour les homme, c’est un système mixte qui s’applique. Eksen en profite pour rappeler la situation des femmes kurdes qui combattent Daesh. Il rappelle ainsi que le militantisme féminin existe depuis près de 30 ans. Ce combat se retrouve notamment dans la gynécologie, la science de la femme, pour la femme et par la femme, qui reflète une réelle volonté d’arrêter l’hégémonie masculine.

 

 

 

Yekbun Esken

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