PDE - L'euthanasie au coeur des débats

Il est dix-sept heures lorsque l'amphithéatre Couzinet se transforme en Palais Bourbon plus réaliste que jamais de par sa décoration rafinée et le nombre de députés présents dans l'hémicycle pour débattre autour du sujet de l'euthanasie.

 


Cette session parlementaire débute par le discours de proposition de loi du Rassemblement Centriste face aux deux autres partis présents : Nouvelle Donne, et Chasse Pêche Nature et Tradition (CPNT). Face au parti CPNT dissipé et peu attentif, la présidente du rassemblement centriste présente les deux articles de sa proposition de loi en faveur de l'euthanasie en le rapprochant de la question de l'avortement dans les années 1970. Rapprochement qui peut paraître un peu facile et contestable mais que l'on oublie vite lorsqu'il a pour but de faire « Respecter la dignité humaine et les valeurs de la société française ».

L'euthanasie, une question dépassant les clivages politiques?Vient ensuite le discours du président de Chasse Pêche Nature et Tradition, qui se démarque par son lyrisme à toute épreuve et sa stigmatisation des communistes, grands absents de ce débat. Heureusement leur « ersatz bolchevique », à savoir Nouvelle Donne, était lui présent. Le président de CPNT affirme que son parti qui « cotoie la mort à chaque instant » est ici pour « sceller la vie et la mort de ses concitoyens », avant de finir par une série de rimes en « cacophonie », « anarchie » et « chienlit » décrivant la situation actuelle de la France.

Le président de Nouvelle Donne a ensuite prononcé son discours dans un registre philosophique. Selon lui, la question de l’euthanasie « nous rappelle à notre condition de l’homme » et cette question délicate nécessite une réponse par le droit. Cette réponse il nous l’apporte par une question : « Qui suis-je pour juger ? » et par une citation de Malraux dont la portée philosophique ne semble pas émouvoir les membres du parti Chasse Pêche Nature et Traditions en train de déguster leur saucisson, ce qui leur vaut un autre rappel au règlement.

Après une pause de réflexion, et la venue d’un nouveau parti (La Droite en Mouvement), chacun des partis présente ses amendements pour les deux articles proposés par le Rassemblement Centriste.
De vifs débats au sujet du respect de la liberté individuelle, de la religion, de la tradition et de la nature opposent Chasse Pêche Nature et Traditions (CPNT) et la Droite en Mouvement face à Nouvelle Donne qui préfère laisser la religion de côté (ce que le Rassemblement Centriste n’approuve pas) pour se concentrer d’un point de vue pragmatique à l’arrêt de la douleur des patients en fin de vie.

Puis, au tour de l’amendement de CPNT rédigé dans un style Bourdieusien (du point de vue du style et non des idées bien sûr) de soulever des débats sur l’emploi du terme mariage ou vie commune (afin d’éviter « une blonde à forte poitrine avec un vieux monsieur qui demande l’euthanasie de celui-ci »). Cet amendement est refusé tout comme le suivant proposé par Nouvelle Donne qui malgré sa volonté de décrire tous les cas de situations est considéré comme peu efficace voire fourbe et vicieux ce qui nous vaut cette déclaration de CPNT « Vous cherchez à nous enfumer ».

Au final, le seul amendement adopté est celui proposé par le Rassemblement Centriste, plein de « bon sens » selon certain car accordant une sorte de veto à chaque membre proche du patient en fin de vie.

Vient ensuite le tour du deuxième article. Pour celui-ci, les discussions furent aussi vives que pour le précédent...et la gauche aussi molle.
Le débat commence avec la proposition de Chasse Pêche Nature et Tradition, emprunte d'une dimension religieuse certaine. Si cette référence à la religion ne pose pas de problème à la Droite en Mouvement, il n'en est pas de même pour Nouvelle Donne qui jugea nécessaire de remettre l'Assemblée sur le chemin de la laïcité, chose pour laquelle le Rassemblement Centriste était d'accord. Chasse Pêche Nature et Tradition fit preuve d'indulgence, comme à son habitude, face au vote négatif de Nouvelle Donne et lâcha naturellement : « Finalement cette loi est pour vous, il faudrait vous euthanasier » en direction de la partie gauche de l'hémicycle. La proposition de Chasse Pêche Nature et Tradition sera finalement acceptée à neuf voix contre six et trois abstentions.

Suite à cela, une alliance pour le moins inattendue se forma. La Droite en Mouvement proposa une réécriture de l'amendement avec Nouvelle Donne pour permettre aux patients de connaître toutes les modalités opératoires avant de prendre leur décision. Cette alliance ne fut pas du goût de CPNT qui s'empressa de qualifier les deux partis de « poulpe à deux têtes ». Cependant la modification sera finalement acceptée.

Nouvelle Donne, dans l'euphorie de sa toute première victoire, tenta d'ajouter l'« injection létale » à l'amendement, en plus de la sédation profonde. Ce fut peut-être un peu ambitieux de sa part puisque la droite, du Rassemblement Centriste à CPNT, s'opposa en bloc à cette mention, dénonçant sa référence trop évidente à la peine de mort américaine et à Guantánamo. La formule sera finalement remplacée par « euthanasiant » ce qui consola Nouvelle Donne. Si la modification fut acceptée, l'amendement en lui même fut finalement refusé.

Après le vote de l'article 2, la proposition de loi fut acceptée dans sa globalité à 14 voix contre une, et deux abstentions.
Le groupe CPNT ne manqua pas de se jeter des fleurs dans son discours de clôture, s'accaparant tous les mérites du vote des deux articles. La Droite en Mouvement ainsi que le Rassemblement Centriste s'avouèrent tout les deux très fiers du projet accompli. Nouvelle Donne pour sa part regretta une avancée trop timide de la proposition de loi, surtout en ce qui concerne l'article 1.

Pour finir en beauté sur sa lancée provocatrice, après le saucisson et les nombreux rappels au règlement, CPNT quitta l'hémicycle en chantant la Marseillaise la main sur le cœur... 

Par Manon Allassan et Élisa Rullaud. 

Image : Le Nouvel Obs.

×